Un matin de 2023, alors que je buvais mon café, accotée au comptoir de ma cuisine comme tous les matins, je suis tombée sur le témoignage d'une femme que j'avais eu la chance de croiser quelques mois auparavant dans un parcours d'entrepreneuriat au féminin.
Cette femme s'appelle Julie Berthiaume. Elle venait de terminer son premier 100 miles.
Et elle partageait son expérience avec tellement d'authenticité que j'ai senti un léger frisson parcourir mes avant-bras.
C'était étrange.
Ce n'était pas uniquement de l'admiration.Ce n'était pas non plus l'envie de me comparer à elle ou de reproduire exactement le même exploit. C'était autre chose.
Quelque chose de beaucoup plus profond.
Comme si une partie de moi venait soudainement de se réveiller.
Comme si quelqu'un avait prononcé tout haut quelque chose qui dormait en moi depuis longtemps. À cet instant précis, une idée s'est installée dans mon esprit.
"Moi aussi, un jour, je ferai un 100 miles"
Je voulais vivre ce grand frisson. Je me suis rapprochée de Julie. Je lui ai demandé des renseignements sur cette discipline que je ne connaissais absolument pas : le trail.
Après quelques échanges et plusieurs recommandations de sa part, j'ai pris une décision. Cet objectif deviendrait mon phare!
C'est devenue une obsession douce, une direction, une raison de me lever le matin.
Au début, je croyais, à tort, que je poursuivais ce rêve pour me prouver qu'à 50 ans, une femme avait encore de la puissance sous le capot :)
Je pensais vouloir démontrer que les femmes pluriactives comme moi pouvaient être ambitieuses, disciplinées et persévérantes tout en menant de front plusieurs projets professionnels.
Cette course représentait aussi un message fort pour la communauté de slasheuses que j'accompagne depuis des années :
Si je peux le faire, pourquoi pas vous ?
Alors je me suis entraînée pendant deux ans et demi. Beau temps, mauvais temps.
Fatiguée ou pleine d'énergie, sur les sentiers, le bitume et à la salle de sport.
J'ai eu la chance d'être accompagnée par Chantal Boucher pour la nutrition, Carole Tomasini pour la prévention des blessures grâce à la TNC. Pour le reste, Internet a largement contribué à ma formation, notamment grâce aux conseils de Coach Mehdi, qui avait accompagné Julie pendant un temps.
Je mangeais trail!
Je dormais trail!
Je pensais trail!
Tout semblait converger vers cet objectif et puis l'univers en a décidé autrement.
Deux blessures successives, en décembre et janvier 2026, soit à peine six mois avant le grand départ.
Fin du rêve...
Ou du moins, fin du rêve tel que je l'avais imaginé.
Et avec lui est arrivé quelque chose auquel je ne m'attendais absolument pas.
Le vide.
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Si tu es une femme multi, tu sais probablement de quoi je parle.
Tu sais à quel point le vide peut être inconfortable. À quel point l'absence de projet, de direction ou de perspective peut te rendre vulnérable. Au point parfois de ne plus avoir envie de te lever le matin.
Cette période, je l'ai vécue comme un véritable deuil.
Le deuil d'une partie de ma jeunesse.
Le deuil de l'exemple que je voulais montrer.
Le deuil de l'image de femme que je voulais incarner.
Le deuil de cette version de moi-même qui se préparait depuis deux ans et demi à franchir une ligne d'arrivée.
Mais surtout, le deuil d'un projet qui donnait du sens à mon quotidien.
Je me suis alors rendu compte d'une chose. Nous parlons souvent de performance, de réussite, d'objectifs. Mais très rarement du vide qui peut s'installer lorsqu'un projet qui nous habite disparaît brutalement.
Nous vivons dans une société qui nous encourage à poursuivre nos envies.
Changer de travail, lancer une entreprise, démarrer un nouveau projet, apprendre une nouvelle compétence.
Chez les femmes pluriactives, cela prend souvent une ampleur particulière.
Car lorsque nous échouons, les jugements arrivent rapidement.
« C'est normal, elle fait 10 000 choses en même temps. »
« Elle manque de focus. »
« Elle commence toujours quelque chose sans aller jusqu'au bout. »
« Elle n'était pas suffisamment engagée. »
« Elle n'avait pas une vision assez claire. »
Ces croyances sont parfois lourdes à porter.
Et leurs conséquences peuvent être bien plus importantes qu'on ne l'imagine.
Heureusement pour moi, cela fait longtemps que le qu'en-dira-t-on me passe au-dessus de la tête. Mais cette expérience m'a amenée à une réflexion importante.
Certaines aspirations qui nous poussent vers un objectif n'ont rien à voir avec une simple envie. Elles n'ont rien d'une passade. Rien d'une lubie. Elles ressemblent davantage à un appel.
L'anthropologue Joseph Campbell parlait du « Voyage du héros ».
Selon lui, chaque être humain reçoit un jour un appel à quitter son monde connu pour partir à la découverte d'une version plus grande de lui-même.
L'enjeu ? Cet appel est rarement confortable.
Et lorsqu'on l'ignore trop longtemps, il revient.
Sous forme de frustration, d'ennui, 'impression d'étouffer.
Ou de cette sensation étrange que quelque chose manque.
Même lorsque tout semble aller bien...
Pendant ma convalescence, j'ai cherché rationaliser ce que je ressentais, je cherchais à comprendre. Je voulais trouver du sens à ce que je vivais. Je voulais me rassurer sur le fait de vivre l'arrêt de cet objectif comme un véritable deuil.
Mes lectures m'ont menée vers l'anthropologie.
J'ai découvert les travaux d'Arnold Van Gennep, qui expliquait que dans de nombreuses cultures traditionnelles, les grandes étapes de la vie étaient accompagnées de rites de passage.
Le rôle de ces rituels n'était pas seulement symbolique.
Ils servaient à reconnaître qu'une ancienne version de soi était morte pour laisser place à une nouvelle. Selon Van Gennep, ces rites suivent presque toujours trois étapes :
Autrement dit :
On quitte quelque chose, on traverse une zone d'incertitude, puis on revient transformé.
Aujourd'hui, ces rituels ont évolué et ne sont peut être pas aussi marqués, pourtant
le besoin, lui, est toujours là. Et lorsque j'observe les femmes pluriactives qui m'entourent, je réalise qu'elles créent souvent leurs propres rites de passage.
Je pense notamment à Sonia Léveillé, de Coach Complice, que je t'invite à découvrir.
Pour certaines, ce sera un voyage.
Pour d'autres, une reconversion.
Pour d'autres encore, un changement de posture dans leur entreprise.
Et parfois...Ce sera traverser des montagnes pendant plusieurs jours...Seule.
« Deviens ce que tu es. »
Écrivait Nietzsche.
Certains diront que cette phrase transfère toute la responsabilité de notre bonheur sur nos épaules (merci à notre société capitaliste), mais je le rejoins sur un point.
Nous ne sommes jamais totalement achevées. Notre besoin profond d'évolution n'est pas un caprice.
Le psychologue Abraham Maslow l'avait également observé.
Une fois les besoins fondamentaux satisfaits, l'être humain cherche naturellement à s'accomplir.
Chez certaines femmes pluriactives, ce besoin prend parfois une place immense.
Elles ne cherchent pas simplement à réussir. Elles cherchent à se sentir vivantes!!
Et lorsque ce mouvement s'arrête, quelque chose se fige.
Puis, lorsque je suis revenue vivre en France, j'ai cru que ce serait l'Ultra Trail des Pyrénées.
Puis les blessures sont arrivées.
Et pendant plusieurs mois, je me suis retrouvée face à une réalité inconfortable.
Je ne savais plus pourquoi je me levais. Je n'avais plus cette petite étincelle, cette excitation, cette projection. Cette sensation qu'un projet plus grand m'attendait quelque part.
J'avais l'impression qu'on venait de m'enlever
quelque chose d'essentiel à ma propre existence.
Hier, en prenant mes bâtons de marche pour partir dans les bois, j'ai eu ce que j'appelle un appel. Dit comme ça, je sais que cela peut sembler étrange... et pourtant.
Dès les premiers pas, j'ai été surprise par l'intensité des odeurs de la forêt landaise. Comme si je les redécouvrais pour la première fois. L'humidité de la mousse, la résine des pins, la terre chauffée par le soleil... Tout me paraissait plus vivant, plus présent.
Puis, à mesure que je m'enfonçais dans le bois, j'ai entendu cette petite voix.
Tu sais, celle qui ne parle pas très fort. Celle qui ne crie jamais. Celle qui se contente parfois de déposer une pensée sur ton épaule gauche et d'attendre que tu l'écoutes.
Il y a quelques siècles, je serais probablement passée au bûcher en racontant ce genre de chose ! Ha ha !
Et pourtant, cette voix m'a soufflé quelque chose d'essentiel.
Elle m'a dit que ce qui m'appelait n'était peut-être pas la course.
Ce qui m'appelait, c'était la transformation.
Alors j'ai commencé à revisiter mon objectif.
Et j'ai compris que l'objectif de faire cette course était toujours là. Je n'avais jamais envisagé de faire le deuil de cette aventure. J'ai compris à ce moment précis, que la forme pouvait changer. Au moment où je vous écrit, le projet n'est plus de courir une course.
Le projet est de partir seule.
Pour la première fois de ma vie de femme pluriactive, vivre plusieurs jours uniquement pour moi :)
Simplement être ...Moi, Alexandra.
Nous croyons souvent que le sommet est un lieu. Que l'objectif atteint c'est une ligne d'arrivée, un diplôme, une promotion, un chiffre, une date, un reconnaissance.
Mais le véritable sommet ou la réussite de l'objectif est peut-être ailleurs.
Peut-être qu'il réside dans notre capacité à écouter cet appel intérieur.
À accepter que certaines versions de nous-mêmes doivent mourir pour laisser place aux suivantes. À comprendre que le sens n'est pas quelque chose que l'on trouve.
C'est quelque chose que l'on crée, encore et encore, tout au long de sa vie.
Parce qu'au fond...
????
Le succès n'est peut-être pas d'atteindre le sommet.
Le succès, c'est d'avoir le courage de répondre à l'appel lorsqu'il se présente.
Même lorsqu'il nous conduit sur un chemin que nous n'avions pas prévu :) Et c'est peut-être là que se cache la réponse à la question que je me posais au début de cet article.
Pourquoi certaines femmes ont-elles besoin de créer du sens pour se sentir vivantes ?
Et si ces mots ont résonné en toi...
Si tu t'es reconnue dans cette quête de sens, dans ce besoin d'évoluer, de te réinventer ou simplement de te sentir pleinement vivante...
Prends quelques secondes pour partager cet article à une femme multipassionnée autour de toi.
Parce qu'on ne sait jamais quelle conversation, quelle rencontre ou quel témoignage peut devenir le point de départ d'une nouvelle aventure.
Après tout, le mien a commencé un matin de 2023, avec un simple café et le témoignage d'une femme qui venait de terminer son premier 100 miles...
Alex Rb