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Il y a quelques semaines, j'ai eu le privilège d'être reçue par Ève Chou, de l'organisme Bienvenue à l'Immigrant, lors de leur émission de talk-show. J'ai adoré pour aborder le sujet de la pluriactivité (au féminine) en contexte d'immigration. C'est très important pour moi, car je suis moi-même immigrée au Québec depuis une décennie. L'interview a duré 40 minutes, et je comprends que vos agendas surchargés risquent de vous empêcher de la visionner en intégralité :) . C'est pourquoi j'ai décidé de tenter ma chance en vous partageant la première partie de cette interview avec le script de la vidéos.




Ève : Est-ce que tu peux nous parler un peu d'Alexandra Renaud-Bernis ?


Alex : Oui!, Je suis Alex ou Alex RB dans ma sphère publique. Je suis une femme multi, c'est ainsi que je me définis. Je suis une femme qui porte plusieurs casquettes professionnelles dans la vie.


Ève : Pour toi, qu'est-ce que la pluriactivité ?


Alex : Je vais d'abord revenir sur la définition générale de la pluriactivité. On parle de pluriactivité dès lors qu'il y a une combinaison d'activités professionnelles sur une même année. Par exemple, un moniteur de ski l'hiver peut être professeur de natation l'été. La pluriactivité est connue depuis longtemps, notamment dans le milieu agricole où il est souvent nécessaire de compléter ses revenus avec d'autres activités. Ce qui est nouveau ces dernières années, c'est que l'on parle davantage de pluriactivité dans un contexte où l'on souhaite redéfinir sa carrière professionnelle, souvent liée à une quête de sens. C'est là la nouveauté : même un employé à temps plein peut envisager une activité professionnelle complémentaire par besoin ou par envie de tester quelque chose de nouveau.


Ève : Tu as fondé une académie en 2019 pour expliquer, structurer et développer la pluriactivité. Peux-tu nous en dire plus ?


Alex : Oui, effectivement, le projet a pris forme il y a cinq ans. En 2019, j'ai publiquement dévoilé que j'étais une slasheuse !! Quand j'ai découvert ce mot, cela a vraiment changé beaucoup de choses pour moi.


Ève : Rappelle-moi quelque chose, Alex... être une slasheuse, c'est une invention d'Alex ou cela existe-t-il vraiment ?


Alex : Non, je n'ai rien inventé !! Même dans tous les outils que j'utilise pour parler de la pluriactivité et former les gens, je ne crée rien. Au contraire, j'aime utiliser les outils qui existent et qui marchent . Le terme "slashing" est un anglicisme. Il vient de la barre oblique que l'on trouve sur le clavier, utilisée pour séparer différentes entités professionnelles. Le mot "slasher" vient de là. C'est Marcie Alboher qui en a parlé en 2010 dans son livre "One Person, Multiple Careers". Le terme a évolué depuis, mais son origine vient de là. Quand j'ai découvert que j'étais une slasheuse, j'ai pensé qu'il fallait faire quelque chose pour parler de la pluriactivité, une pierre angulaire du monde professionnel de demain. Je suis une slasheuse, j'ai toujours fait ça. Si moi, je l'ai vécu, il doit y avoir beaucoup de personnes dans la même situation. Il n'y a rien de pire que de ne pas savoir que ce que tu fais, beaucoup de gens le font. Je pensais que j'étais juste un peu bizarre, originale. Mais quand j'ai découvert ce mot, c'est sûr que ça a un peu changé la façon. J'ai dit, OK, qu'est-ce que je vais faire ? Je vais monter une formation, je vais monter une académie! Comme je suis quelqu'un qui aime voir grand et qui pense que c'est ensemble qu'on arrive à faire quelque chose. J'ai dit, OK, parfait, je vais créer une académie ! Ça va être sous la forme d'une OBNL et il y aura une académie dans chaque région de la province du Québec. C'est parti comme ça :)



Ève : Quels sont les services que tu offrais dans cette académie, sont-ils les mêmes aujourd?hui ?


Alex : L'académie, pour préciser un peu à l'audience, il y a toujours une histoire, tu sais, dans toutes les histoires, il y a des histoires ? L'académie, je ne suis pas allée jusqu'au bout du projet OBNL.. Pourquoi ? Parce que je me suis rendue compte que je n'étais tout simplement pas la bonne personne pour mener ce projet-là. Je lance l'appel à qui me voudra d'ailleurs. Si ce projet s'attend de quelqu'un, allez-y, il y a une opportunité. Je vois que j'étais la bonne personne pour ça. Au lieu de faire l'académie, j'ai gardé mon mandat et ma mission initiale. Je fais les mêmes choses, mais dans un contexte plus petit. Pour répondre à ta question, qu'est-ce que je fais aujourd'hui sous la bannière d'Alex RB ? J'ai deux volets. J'ai un volet qui est pour moi, qui relève de l'éveil et de l'éducation. Ça se fait par des articles de blog,des conférences. On aborde beaucoup la sphère professionnelle et tout ce que ça comprend, évidemment, puisqu'il faut avoir comme aptitude et compétences. Puis, je parle également de l'influence que ça peut avoir sur la vie privée, même si entre nous soit dit, j'ai un peu le syndrome de l'imposteur... Donc premier volet, éveil et éducation par un blog, par beaucoup de publications sur les médias sociaux. On est quand même pas mal présents. Puis, il y a un deuxième volet qui est de l'ordre de la formation. J'ai créé un outil qui s'appelle le Canvas de la Pluriactivité.


Ève : On va parler du Canvas que tu as créé, mais tu te présentes souvent comme la stratège en slashing. Pourquoi ? Est-ce qu'il y a une école de slashing ?


Alex : Je crois profondément au fait que le slashing devrait s'apprendre. Dans la vie, je me dis que tout est apprentissage. Quoi qu'on fasse, on est obligé d'apprendre pour ensuite comprendre, puis appliquer. Je me dit pourquoi pour le slashing cela devrait etre diffèrent ? Aujourd'hui, quand on parle du slashing, on parle beaucoup de ces personnes qui ont un ressenti, qui ont un besoin, quand j'essaie de répondre à une quête de sens, c'est tout. Donc, on voit ça comme des personnes qui sont un peu comme des électrons libres. Et ce qui est vrai en soi, c'est que ces gens ont beaucoup de créativité, ils sont stimulés tout le temps, donc ils ont un appétit d'apprendre incroyable. Mais par contre, je reste persuadée, et ça c'est ma croyance personnelle, c'est ce que je défends avec Alex Rb, c'est de dire que le slashing, c'est quelque chose qui s'apprend. Oui, bien sûr qu'on a des aptitudes plus ou moins naturelles, des talents cachés qui sont là et qui nous aident. Pour autant, gérer sa carrière, ça relève quand même un peu de stratégie, un peu d'anticipation, de savoir ce qu'on veut, donc c'est un doux mélange de plein de choses. Dans ma perception, je reviens même si l'académie n'a pas créé des écoles de formation comme je le souhaitais, moi ce que j'espère vraiment, vraiment, le plus profond de moi, c'est qu'il y ait des gens qui prennent la main avec ça et qui aillent former des écoles pour les slasheurs ou les slasheuses, parce que oui, aujourd'hui, ça s'apprend.


Ève : En contexte d'immigration, est-ce que pratiquer le slashing serait comme une opportunité ou une dispersion ?


Alex : Pas de dispersion pour moi ! C'est sûr que quand on arrive en contexte d'immigration, on l'a toutes vécu, l'immigration, ce n'est pas facile. Même si c'est un choix, parce que tu tiens à préciser que souvent on nous dit que c'est un choix d'immigration, que le choix égale facilité! Il faut arrêter avec cette idée-là. Ce n'est pas parce que c'est un choix que c'est facile. Quand on arrive, on a quand même toute une adaptation à faire, que ce soit alimentaire, culturelle, professionnelle. On porte pas mal de pression sur les épaules. On arrive, on doit comprendre comment le monde qui est autour de nous fonctionne, dont le monde professionnel. Pour répondre à ta question, moi je suis arrivée dans un contexte où j'étais proche de la quarantaine. Je suis arrivée à Montréal, je parlais français et pas anglais, mais quand je suis arrivée à Montréal, tout le monde me demandait dans mes emplois de parler anglais!. Ça, ça a été un gros frein pour moi. C'est là où la pluriactivité devient quelque chose qui est vraiment une opportunité. Bien sûr qu'il faut payer ses factures, donc on va prendre des petits jobs qu'on cumule pour essayer d'arriver à tout ça. Donc là, quand on est dans cette situation,où cela n'est pas un choix. Le slashing, Marielle Barbe en parle beaucoup. C'est une coach/consultante qui est en France, elle a fait un livre sur le slashing « Profession slasheur » et qui parle justement de ça. Elle parle de trois types de slasheurs. Les slasheurs par nature, obligation et par choix. Une immigrante, si on revient à notre immigrante, quand elle arrive et qu'elle doit prendre plusieurs jobs, je ne pense pas que ça a été le rêve de sa vie de se dire je vais débarquer à Montréal, j'ai 3 jobs pour arriver à payer les factures. Je pense que c'est le rêve de personne. C'est une réalité, donc c'est de l'obligation. Par contre, ce qui peut arriver, ce qui a été mon cas, c'est qu' à un moment donné dans la vie, cette obligation devienne un choix. Ça amène des l'opportunités, ça révèle en nous certaines choses qui sont endormies quand on n'a qu'un seul job. Quelquefois, lorsqu'on pratique le slashing par obligation, on peut s'apercevoir et se dire j'aime bien cette diversité. Un coup, ça me demande plus d'autonomie. De l'autre côté, je suis solo, puis de l'autre, je suis en équipe, etc. Ça peut amener une complémentarité dans toute la personne qu'on est. Il y a des personnes quand même qui ont plein de plans de face cachée. L'immigrante, ça peut être obligation, mais là-dedans, elle peut se découvrir et c'est ça que j'invite toutes les femmes à être attentives à ça.


Ève : Qu'est-ce que tu peux leur donner comme conseil pour qu'elles puissent éveiller ce côté ? Qu'est-ce qu'elles doivent faire à part d'être attentives ?


Alex : Justement, quand on arrive, on prend les jobs. Premier conseil, essayez de repérer si ce mode de fonctionnement, c'est-à-dire est-ce que je vais chercher certaines parties de moi, ça nourrit certaines parties de moi, est-ce que ça, ça me plaît ? Si la réponse est oui, j'aime ça, j'aime simplement le changement, ça me stimule, c'est très intéressant, il faut rester très éveillé. Donc là, aller sur mon blog, il y a de quoi nourrir votre curiosité. Mais l'idée, c'est de comprendre un peu, c'est quoi qui m'invite justement à cumuler des jobs. Quelquefois, on va travailler dans un café, par exemple, ce n'est peut-être pas derrière son comptoir, enfin le café qui nous plaît, mais c'est peut-être la rencontre avec les gens, le fait d'entendre les histoires de ces personnes, etc. Je parle toujours de compétences transversales. Donc soyez, en fait, ces femmes, il faut qu'elles soient attentives aux compétences transversales, ça développe. Puis nous, les femmes, on a un truc, on est très intuitives. L'intuitivité et le ressenti. Donc vous allez le savoir, vous allez, si vous êtes alertes, si vous êtes attentives, vous allez être alertées, il va se passer quelque chose sur, ah j'aime ça. On ne sait pas pourquoi, mais on sait. Soyez attentives, intéressez-vous, soyez curieuses, allez voir, pour l'activité, comment cumuler, comment mettre tel et tel point en avant, etc. Puis c'est à partir de là que l'aventure commence et ça devient une opportunité à ce point, à ce moment-là, parce que notre carrière d'immigrante peut prendre un tournant totalement différent. Et là, on n'est plus dans, ok, il faut que je reparte à l'école ou il faut que je? parce que c'est ça, souvent, vous voulez aller à l'école. Bon, je casse les codes ! Je ne suis pas repartie à l'école, je suis autodidacte et je me définis comme une stratège parce qu'évidemment, j'ai un background professionnel qui le justifie. Il faut aussi sortir de ça. On n'est pas obligé suivant les exigences du domaine professionnel de repartir à l?école. On a tous développé des aptitudes et des compétences transversales à tout ce qu'on a fait par nos expériences de vie, par les métiers, par tout ça. Donc, il faut être très attentif, il faut savoir repérer ça et voir comment on va pouvoir? Justement, c'est là où on parle de stratégie. Voir comment on va pouvoir poser ça dans son plan de marche et peu à peu, on dit l'oiseau fait son nid, c'est un peu ça. Moi, c'est quand je suis à 10 ans, je suis au Québec. Quand je suis arrivée au Québec, on était dans un 3 et demi, je le dis toujours. Alors, on n'avait pas de voiture, on était dans un 3 et demi, ça n'a pas été facile. Moi, personne ne voulait de moi. J'étais trop vieille à l'époque. Je ne parlais pas anglais, ça partait mal mon affaire ! Mais dans ma tête, j?étais sûre que j'avais quelque chose à apporter au pays. Si je suis venue au Québec, c'est parce que je croyais qu'il y avait des opportunités. Pour moi, je n'ai jamais arrêté de croire à ça. Et j'étais venue parce que je me disais, je veux une vie qui me ressemble, donc une carrière professionnelle qui me ressemble. Puis, j'ai continué à faire ma têtue quelque part et à dire, je suis sûre qu'il y a quelque chose de bon dans tout ça. Et c'est la curiosité qui m'a permis. Ok, je suis bonne à faire ça, je peux faire tel job. Je suis bonne à faire ça, je peux faire tel job. Après, c'est le réseau des immigrants. Comment je peux aller voir des personnes qui pourraient m'aider à développer mes compétences, etc. Pas besoin, dans mon cas, de repartir à l'école. Ça a été plus long que la moyenne. Je dis toujours à mes filles? « Les diplômes, c'est un pass VIP. C'est un peu comme quand tu vas à la Ronde(Parc d'attraction à

Montréal). Soit tu fais la file d'attente pendant des heures, soit tu as ton pass VIP et tu passes plus vite. » Moi, j'ai décidé de faire la file d'attente parce que j'avais besoin aussi de grandir dans cette expérience d'immigration. J'avais besoin de comprendre qui j'étais. J'avais besoin de redéfinir mon identité.


Ève : C'est très important ce que tu as dit. Besoin de redéfinir ton identité. Est-ce que c'est vraiment redéfinir ? Ou bien c'est d'accepter ton identité, de la recadrer, ou bien de la cadrer, de savoir que tu dois l'assumer et puis go.


Alex : Oui, c'est ça. Parce qu'en France, c'est assez protocolaire. Donc, au niveau professionnel, on ne fait pas ce qu'on veut, on ne dit pas ce qu'on veut. Il manque toujours quelque chose pour arriver à avoir tel poste, tel poste. On est toujours un peu brimé. Ici, au Québec, on a le gros avantage. C'est quand même vachement plus simple ce sujet. C'est un peu plus décontracté !:) Donc, si on se laisse la chance, nous, après le frein, c'est nous. Si nous, on se laisse la chance de dire, OK, en fait, je peux faire ce que je veux. Là, ça laisse la place à tout. Mais effectivement, pour moi, dans mon cas, déjà, le mot « slashing » est venu poser le mot sur pourquoi j'avais la bougeotte. Je dis toujours pourquoi j'avais la bougeotte, pourquoi j'avais envie de bouger. J'explique toujours 8 domaines d'activités différents en 30 ans de carrière, 19 postes dans 2 pays. Ça en fait quand même du changement. Si je dis ces chiffres, ce n'est pas pour rien. C'est parce qu'un jour, je me suis amusée à le calculer. C'est énorme. Donc, à un moment donné, tu ne sais plus qui tu es. Tu t'es perdue là-dedans.


Ève : Est-ce que les mamans... Je reviens toujours sur les mamans. Parce que les mamans sont déjà à la maison. Oui, c'est ça. Elles sont multipensées, si je peux dire ça. Parce qu'elles pensent à plusieurs choses à la fois. Est-ce qu'elles peuvent... T'entends, tu disais, il faut être très attentive quand vous faites plusieurs jobs, peut-être par obligation d'abord. Et ça peut devenir par choix, par après. Mais est-ce qu'elles doivent être attentives à ces aptitudes qu'elles acquièrent comme mamans ?


Alex : Mais bien sûr. C'est-à-dire les aptitudes à faire plusieurs tâches à la fois et à les faire bien. On nous a appris que d'abord, on serait maman. C'est un fait. Déjà, il y a qu'à voir. À trois ans, on a déjà eu le poupon dans les bras. On nous a toujours expliqué qu'on allait grandir, qu'on allait avoir des responsabilités, qu'on allait être maman. On nous a appris très tôt à cuisiner, avoir le sens de responsabilité. Il fallait garder son frère, sa s?ur. On demande beaucoup ça aux femmes encore aujourd'hui. Puis ça a continué comme ça dans notre éducation. On nous a dit qu'une femme, il allait falloir qu'elle se battre plus qu'un homme pour avoir une équité dans le monde du travail, etc. Donc, il est certain qu'une maman a développé... Je ne sais pas si c'est inné, mais ce qui est certains c?est qu?elle a développé des aptitudes à être multitâche. Puis elle l'a fait aussi par mimétisme. Elle a vu... Ses mères, c'est sûr, ses cousines font la même chose. Donc, on est comme formatées pour être des multis. Je donne toujours l'image de la maman qui est en train de cuire son steak. Elle a son enfant sur la hanche gauche et en même temps, elle a le petit deuxième en train de faire ses devoirs sur un coin de table de la cuisine. Elle gère 3 choses en même temps. Je parle d'un chiffre qui est très important sachez que 83% des femmes qui se lancent en entrepreneuriat au Québec sont des slasheuses. Au Québec, on appelle ça des flexipreneures. Le flexipreneuriat définit le statut de ces femmes. Elles ont un job salarié et elles démarrent leur entreprise. Et pourquoi est-ce que 83% des femmes, alors que les hommes sont loin, la traînent derrière ? À noter tout de même, que ces femmes se sentent plus capables de faire plusieurs choses à la fois. Et ce n'est pas rare. Je pense que tu en as rencontré Eve, des femmes qui sont aux études, ont un job, et gèrent leur tribu ? Des fois, quand tu les entends parler, tu te dis que c'est des Wonder Woman !!


Fin de la partie 1 :)


On se retrouve la semaine prochaine pour la suite, et si votre curiosité l'emporte, vous pouvez aussi regarder l'intégralité de l'interview ici :)

https://www.youtube.com/watch?v=2xZ3ppzPUBE



À la semaine prochaine !


XoXo AlexRb

Stratège en slashing féminin