Trois mois de silence. C?est parfois ce que cela peut prendre pour s?offrir une bouffée d?oxygène, prendre le temps d?aligner ses projets professionnels et personnels, et s?assurer que le cap que l?on s?est fixé est le bon.
Peu de personnes osent faire cette ?pause?, surtout en business. Perdre en visibilité, c?est prendre le risque de perdre des opportunités. Pour les slasheuses, c?est aussi cette peur inavouée de perdre leur légitimité.
Mais si, en réalité, prendre cette pause dans ses multiples projets, reprendre son souffle? était un levier, et non une preuve de notre légitimité ?
C?est le premier sujet qui m?interpelle à la reprise de l?écriture de mes articles de blog.

Equipe du projet pilote 1 "Structuration du positionnement professionnel des femmes à parcours pluriels", à partir de l'image de gauche - *Synos Consulting avec Remy et Anaïs Tanner, *Amandine Eucher Consultante Qualiopi/Formatrice management & communication, Frederic & Nathalie Boisseau- Dirigeants de l'entreprise BRIC, *Pascal Barbes - Moniteur d'atelier a l'ESAT les Eyquems Mérignac. Non présent sur la photo Emnanuel Waroquier-Adjoint technique.
???Ce que tu vis? sans toujours savoir le nommer
Je sais que tu avances, tu lances des idées, tu gères plusieurs projets en parallèle. De l?extérieur, tout semble cohérent. Tu es active, engagée, créative. Tu donnes l?image de quelqu?un qui construit, qui ose, qui ne lâche rien.
Et pourtant? à l?intérieur, c?est souvent flou.
Il y a comme une fatigue qui ne se règle pas simplement en ralentissant. Une tension diffuse, difficile à nommer. Quelque chose qui reste là, même quand tu t?arrêtes. Comme si, malgré tout ce que tu fais, il y avait encore quelque chose à prouver.
Ce moment charnière qui m?amène à t?écrire
Je t?écris cet article dans un moment particulier.
Je viens de terminer trois jours de formation en présentiel. Trois jours intenses, vivants, profondément humains. Ils venaient clôturer trois mois d?accompagnement en virtuel, pour un total de plus de 65 heures. Une formation que je ne viens pas de créer, mais que je porte depuis des années.
Je l?ai pensée, testée, déconstruite, reconstruite. Je l?ai adaptée à différents formats, à différents contextes, en France comme au Québec. Je l?ai faite évoluer au contact de femmes aux parcours multiples, aux réalités variées, aux trajectoires souvent non linéaires. Et s?il y a bien une chose qui s?impose aujourd?hui avec évidence, c?est que l?accompagnement des femmes à parcours pluriels doit évoluer.
Un monde qui a changé? mais pas les modèles
Non pas parce que ce qui existe ne fonctionne plus. Mais parce que le monde a changé. Les profils ont changé. Les rythmes, les attentes, les façons de penser, les façons de construire? tout s?est transformé.
L?entrepreneuriat d?aujourd?hui n?a plus rien à voir avec l?image qu?on en avait il y a encore quelques années. Il n?existe plus un profil type, mais une multitude de trajectoires.
Et pourtant, la majorité des dispositifs d?accompagnement restent encore pensés pour un modèle dominant : linéaire, structuré, prévisible.
Alors non, il ne s?agit pas de tout remettre en question. Mais il devient essentiel de revisiter ces modèles, de les enrichir, de créer des passerelles entre ce qui existe déjà et les réalités d?aujourd?hui.
Ces femmes que j?accompagne? et que je connais si bien
C?est précisément dans cette dynamique que s?inscrit mon travail.
Depuis plusieurs années, j?accompagne des femmes à parcours pluriel. Des femmes qui ne rentrent pas dans une case, ou comme j?aime le dire, des ronds qu?on a longtemps essayé de faire entrer dans des carrés!
Des femmes qui pensent en transversalité, qui ont plusieurs vies en une, qui savent faire beaucoup? parfois trop. Avec beaucoup d?humilité, je peux dire que je connais leurs enjeux. Les enjeux opérationnels, bien sûr, mais surtout ceux qu?on ne voit pas.
Les doutes. La dispersion. La surcharge mentale. La difficulté à choisir. La peur de ne pas être légitime.
Et surtout, ce besoin presque invisible, mais profondément ancré : celui de prouver.
Si je le comprends aussi bien, c?est aussi parce que je suis passée par là.
Pourquoi j?ai intégré l?ESAT dans cette formation
C?est dans ce contexte que j?ai fait un choix fort dans cette formation : intégrer l?intervention d?un ESAT.
Parce que la différence, quelle qu?elle soit, n?est pas un problème à corriger. C?est une réalité à comprendre, une richesse à intégrer, une invitation à repenser nos façons de faire.
Pendant ces trois jours, Pascal Barbes, moniteur en ESAT, est venu partager son quotidien. Son terrain, sa réalité, sa manière de travailler. Et ce qu?il a apporté a profondément résonné.
La question qui change tout
Il a expliqué que dans son métier, leur rôle n?est pas de faire à la place des personnes accompagnées. Leur rôle est de créer un cadre suffisamment structuré pour que chacun puisse prendre sa place dans l?activité. Puis, à un moment donné, il a posé une question.
Une question simple, presque évidente? et pourtant redoutablement puissante :
« Si je ne suis pas là, qu?est-ce qui se passe ? »
Quand tout repose sur toi
Dans la salle, quelque chose a changé.
Parce que cette question dépasse largement le cadre de l?ESAT. Elle vient toucher un point sensible, un point que je retrouve très souvent chez les femmes que j?accompagne.
Quand tu es une femme pluriactive, avec mille idées, mille compétences et mille envies, tu deviens très vite le centre de ton système.
C?est toi qui lances, qui portes, qui ajustes, qui maintiens. Et sans t?en rendre compte, tu construis un fonctionnement qui repose entièrement sur toi.
Le moment où ça devient trop
???Au début, cela semble normal. Tu es impliquée, engagée, responsable.
Mais progressivement, cela devient lourd. Parce que tu ne fais plus seulement avancer des projets : tu deviens le point de tension de tout ce que tu as créé.
Le vrai basculement : construire ou prouver ?
C?est précisément là que le sujet de cet article prend tout son sens.
Parce qu?à un moment donné, sans que tu t?en rendes compte, tes projets peuvent changer de fonction. Ils ne servent plus uniquement à construire. Ils servent à prouver.
Prouver que tu es capable. Prouver que tu peux gérer. Prouver que ton profil atypique n?est pas un frein. Prouver que tu mérites ta place.
Quand tu dis oui? pour de mauvaises raisons
Alors tu continues. Tu ajoutes, tu maintiens, tu dis oui.
Pas toujours parce que c?est juste, mais parce que, quelque part, cela te rassure.
Et c?est là que le basculement se fait.
Entre un projet qui est un levier? et un projet qui devient une preuve.
Être légitime? aussi à ne pas faire
Dans son partage, Pascal a aussi mis des mots sur quelque chose d?essentiel : être légitime, ce n?est pas seulement être légitime à faire. C?est aussi être légitime à ne pas faire.
Et cette idée vient bousculer beaucoup de choses. Je l'a véhicule souvent auprès de ma communauté. Parce que tu sais faire. Tu pourrais lancer ce projet, accepter cette opportunité, dire oui. Mais est-ce que c?est juste que tu le fasses ?
Une nuance qui change tout
Il y a une différence profonde entre « je peux le faire » et « c?est juste que je le fasse ». Et quand tu es dans une logique de preuve, cette nuance disparaît.
Tu gardes des projets parce qu?ils ont du potentiel. Tu continues parce que tu as commencé. Tu ajoutes parce que tu pourrais. Mais tu ne prends plus toujours le temps de vérifier si c?est aligné.
L?accumulation silencieuse
Petit à petit, tu accumules...
Des idées, des projets, des responsabilités. Mais sans forcément créer de structure. Et c?est là que la fatigue s?installe.
Un projet qui est un levier te soutient, t?organise, te développe.
Il s?inscrit dans une cohérence.
Un projet qui devient une preuve te disperse,
t?épuise et te met sous pression.
Le pouvoir de dire non
Ce qui m?a profondément marquée dans le partage avec Pascal, c?est la capacité à l'ESAT de dire : NON
Non pas par manque d?ambition, mais par clarté. Ils ont fait le choix d?arrêter certaines collaborations importantes lorsque les conditions n?étaient plus respectées. Et malgré cela, ils ont continué à grandir.
La vraie question à te poser
Alors je vais te poser une question simple.
Aujourd?hui, parmi tout ce que tu fais, qu?est-ce qui te fait réellement avancer ? Et qu?est-ce qui te sert encore? à prouver ? Parce qu?il arrive un moment dans ton parcours où tu n?as plus besoin d?ajouter. Tu as besoin de choisir. Non pas pour faire moins, mais pour faire juste.
Repartir autrement
Et si tu devais repartir de là?pas avec une nouvelle idée, pas avec un nouveau projet,
mais avec cette question :
« Si je ne suis pas là, qu?est-ce qui tient vraiment ? »
Entre tous tes projets? il y a toi
Parce qu?au fond, entre tous tes projets, entre toutes tes capacités, entre toutes tes envies? il y a toi.?
Et ton projet n?est pas censé être un endroit où tu viens prouver ta valeur tous les jours. C?est censé être un levier. Un espace qui te permet de te déployer? pas de t?épuiser.
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Alex Rb
*Synos Consulting : https://synosconsulting.com/
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*Amandine Eucher : fr.linkedin.com/in/amandine-eucher